Chaque soir, Élix range les livres dans la grande bibliothèque. Les fenêtres laissent entrer une lumière bleue. La ville, tout autour, s'endort sous le brouillard.
Ce soir-là, un bruit le fait s'arrêter. Entre deux étagères, une petite porte en bois apparaît, avec une lumière dorée qui filtre par les fissures. Élix pose sa main sur la poignée. Le bois est tiède.
La porte s'ouvre. Derrière elle, un couloir tout doré s'étend, et des milliers de pages volent comme des papillons dans l'air. Élix franchit le seuil.
Des histoires oubliées s'envolent partout. Leurs mots quittent les pages et disparaissent dans un brouillard gris qui avance. « Arrêtez ! » crie Élix, mais personne ne l'entend.
Une page s'arrête à ses pieds. Elle porte ces mots : « Il était une fois un garçon qui avait une voix. » Il la ramasse. Ses doigts tremblent.
Il court après les pages qui fuient. Elles glissent entre ses doigts comme de la fumée. Un vent doux passe et murmure : « Raconte-toi d'abord. »
Élix se fige. Il serre la page contre sa poitrine et ferme les yeux. Il entend le bruit des pages qui tournent encore — le temps presse.
Il ouvre la bouche. Un tout petit son sort d'abord. Puis plus fort. Ses mots deviennent des lucioles dorées qui montent vers les pages.
Les pages tournent en l'air, fascinées. Elles reviennent en tournoyant vers lui. Sa voix remplit la salle. Il rit.
Le monde des histoires a changé. Les pages dansent et rebondissent comme des oiseaux de papier. Élix s'assoit au milieu d'elles. Chaque fois qu'il parle, de nouvelles histoires s'éveillent.
Le lendemain, les autres enfants entrent dans la bibliothèque. Élix est déjà là. Il prend un livre et commence à lire. Sa voix porte jusqu'au dernier rang.
Les livres murmurent toujours la nuit. Mais maintenant, Élix répond. Il parle, et les histoires restent.