Basile soulève la couverture moite et son front heurte une porte verte, luisante, sans poignée. Il pose sa paume dessus. Le bois respire. En dessous, le plancher gronde.
Le plancher cède. Basile bascule dans un nuage de fougères sèches — l'humus pue l'orage. Des troncs larges comme des cheminées grimpent vers un ciel doré. Très loin, un bébé hurle.
Au bord du ruisseau, trois minuscules dinosaures fixent le fond de la forêt où leur maman est partie. Un triceratops boueux, un brachiosaurès dont la queue traîne comme une corde, un tigré pas plus gros qu'une pomme. Le tigré renifle. Tremble.
La peau rêche du tigré frotte la jambe de Basile comme du papier de verre. La boue glacée l'avale aux chevilles. « Je peux vous guider. Où est-elle ? » Le triceratops pointe sa corne vers la rivière. Puis recule.
L'eau du gué gronde. Jaune. Le triceratops claque ses sabots sur les cailloux et refuse. Basile grimpe sur une souche branlante, lève les bras : « Le brachiosaurès, sautez ! »
Le petit dinosaure s'élance. Queue raide comme une perche. Tête interminable dans l'eau. SPLASH. Le tigré, sur l'épaule de Basile, prend la vague. Basile hoquette, bouche grande ouverte, yeux ronds.
De l'autre côté du gué, elle surgit. Une vague d'écailles grises, haute comme trois étages. Ses yeux couleur de noisette tombent sur Basile. Elle s'agenouille. Sa gueule béante ne dégage aucun grondement — juste un souffle chaud qui sent le trèfle mouillé.
Sa truffe effle l'oreille de Basile. La forêt entière encaisse le frémissement. Les trois bébés s'empilent contre son ventre, disparaissent dans la fourrure de son menton. Clac. Clac. Clac. Trois petits claquements rassurés.
La porte luit, penchée contre un tronc. Basile la traverse. Son grenier. La pluie tape la vitre. L'orage encore frais sur ses cheveux.
Un fil de mousse verte glisse de sa semelle sur le plancher. Basile le plie en deux. Le range dans sa poche. Sur le mur, son ombre a l'air un peu plus droite que ce matin.