Léo a cinq ans. Ce soir, tous les mots lui semblent trop petits. « Joyeux » ne dit pas assez.
Un gloussement bizarre vient du lit. Des créatures de deux syllabes courent sous la couette : « dodo-crotte » et « embric-brac » !
Léo veut fabriquer ses propres mots. Il croque « calme-furie ». POP ! Le mot explose en poussière de rires.
Il essaie encore : « peur-lumière ». Cette fois, un petit mot-chaton gigote sur son doigt. Il lui chatouille le nez.
Le lendemain, la récréation est trop bruyante. Léo se sent petit et grand en même temps. Aucun mot simple ne suffit.
Ses mains serrent le bord de son manteau. Dans sa poche, le mot-valise « petit-grand » chauffe comme un œuf qui va éclore.
Léo sort enfin « petit-grand ». Le mot s'envole, grossit, devient une bulle brillante ! Dedans, tout ce qu'il ressentait.
Les autres enfants rient. Léo sourit. « Je suis un peu grand et un peu petit », dit-il. La maîtresse applaudit.
Léo comprend : les mots-valises peuvent porter ses émotions pour lui. Il rentre chez lui, le cœur léger.
Ce soir, Léo fabrique plein de nouveaux mots-valises. « Câlin-tonnerre », « souris-feu », « bonbon-rêve »… Il les range dans son bocal.
Chaque soir, il choisit un mot pour la journée. Il le glisse sous son oreiller, prêt à dire tout ce qui habite son cœur.
Léo s'endort, un sourire aux lèvres. Demain, il aura plein de nouveaux mots à partager.