Pendant la récréation, la classe est vide sauf pour Manyx, blotti derrière une pile de manuels usés. Plus loin, Félix rit aux éclats avec ses camarades, sa voix claire portant jusqu'à lui. Un coup de vent s'engouffre par la fenêtre ouverte, et tout le silence de la pièce s'en trouve brisé.
La feuille tournoie dans l'air, décrit une courbe imprévisible, et vient se poser juste entre les doigts de Manyx. Il la déplie lentement — un dessin de fusée, crayonné avec soin, coiffé d'une tache d'encre bleue ronde. Il le serre contre sa poitrine comme un trésor.
Le lendemain, Manyx murmure « bonjour » devant le miroir de la salle de bain, répétant le mot comme une prière. Mais à l'entrée de la classe, il s'arrête net : Félix est entourée de ses copains, souriante, sans le voir. La sonnette gronde.
Il recule, enfouissant son visage dans ses bras sur le pupitre. Les cris dehors couvrent tout. Dans sa tête, une idée germe : il va laisser un message, quelque chose que Félix ne pourra pas ignorer.
Le surlendemain, Manyx glisse un dessin de fusée sous la table de Félix. Elle le ramasse, le tend à son amie, et toutes deux éclatent de rire. Manyx se faufile derrière les étagères, bras croisés, et observe le papier rester là, intact.
Il se demande si elle a apprécié, ou si le rire était juste un écho qui lui échappe. Le dessin reste posé sur le bureau, plié en deux, attendant qu'on le déplie encore.
Lors du cours de dessin, Manyx rassemble tout son courage. Il se lève, traverse la classe et s'arrête devant le bureau de Félix. Il tend un nouveau croquis — deux fusées, côte à côte, prêtes à décoller ensemble.
Avant qu'il ne puisse parler, Félix désigne son cahier : un garçon aux cheveux en bataille y tient une fusée. « J'ai vu ta note, dit-elle. J'aime les fusées moi aussi. » Manyx la fixe, puis le dessin, réalisant enfin qu'elle l'avait remarqué.
Le professeur annonce la fin de l'activité. Les chaises raclent le sol, les bruit coulent partout, mais Manyx ne bouge pas. Il reste figé, le cœur battant plus fort, un sourire qui commence à poindre.
Le lendemain à la récréation, Manyx pose deux tranches de pomme sur son plateau et en fait glisser une vers elle. Félix prend la pomme, mange en silence, et tous deux regardent les particules de poussière danser dans un rayon de soleil.
Ensemble, ils reprennent leurs crayons. Au-dessus d'eux, dans le ciel bleu, les fusées s'envolent — celles qu'ils ont dessinées, celles qu'ils imaginent, toutes traceant des lignes blanches vers les étoiles.
Félix montre son croquis — le garçon aux cheveux en bataille, la fusée en partance. Manyx hoche la tête, et pour la première fois, il dit simplement : « Moi aussi. » Le vent caresse les pages, emportant le silence comme une promesse.