Yasser marche d'un côté du chemin de terre, son meilleur ami de l'autre, entre deux rangées d'arbres qui filtrent la lumière dorée. « Je ne te parle plus ! » crie-t-il, et il pique un petit cheval de bois qui traînait près de la clôture — ce qui fait sursauter l'ami de Luca, faisant tomber sa casquette dans la poussière.
Yasser s’assied sous l'ombre d'un grand chêne et sort son couteau de bois pour graver un cheval sur une planche. Il griffe si fort que l'écorce s'envole en flocons et le cheval ressemble à un animal affolé. Un vent chaud passe, apportant l'odeur de foin coupé, et la planche glisse de ses mains.
Il ramasse la planche et la pose contre le tronc — un cheval solitaire, maladroite mais présent. « C'est nul », marmonne Luca. Il la retourne : de l'autre côté, tracé à la hâte pendant une séance précédente, un deuxième cheval court exactement dans la même direction. Les sabots des deux chevaux se rejoignent sur l'écorce.
Les sabots des deux chevaux se rejoignent sur l'écorce. Il fixe ce détail, incapable de détacher son regard. Un vent chaud passe, faisant bouger les feuilles, et quelque chose dans sa poitrine se dénoue très lentement.
Soudain, un vrai cheval qui paissait plus loin lève la tête, secoue sa crinière, et fait un hennissement bref — un son qui fait vibrer l'air comme une corde de guitare. Le cheval tourne la tête vers Yasser.
Le cheval tourne la tête vers l'ami qui apparaît au bout du chemin, hésitant entre deux arbres. Yasser serre la planche contre sa poitrine, sentant les fibres rugueuses lui piquer les doigts.
Yasser se lève, traverse le chemin de terre en quatre grandes enjambées, et tend la planche. « J'ai gravé deux chevaux. Ils courent dans la même direction. »
Son ami prend la planche, fait tourner le cheval du côté avec les deux sabots qui se rejoignent, et un grand sourire éclate sur son visage.
Le soleil chauffe leurs épaules, et les deux garçons repartent ensemble le long du chemin, sans se regarder, mais marchant exactement au même rythme.
Ils marchent ainsi longtemps, le bruit de leurs pas se fondant dans le bourdonnement des insectes. De temps en temps, l'un d'eux ajuste légèrement son pas pour que l'autre ne soit pas en retard.
Le chemin se termine là où la prairie commence. Ils s'arrêtent tous les deux au même instant, regardant devant eux. Un cheval broute à l'horizon, seul.
Ils restent là un moment, sans rien dire. Le cheval lève la tête, les regarde, puis se remet à brouter. Le vent apporte l'odeur de foin coupé, et les deux garçons sourient, exactement en même temps.