Doodara

Iary, la Petite Maîtresse

IARY Anne Marie Ruffine

À propos de cette histoire

Iary, la Petite Maîtresse

par IARY Anne Marie Ruffine · Aquarelle · 6–9 ans · 8 pages

Iary recopie la même ligne trois fois sur sa table en bois, les doigts noirs de craie. Dans la cour pavée, les autres enfants filent, leurs rires se perdant au loin. Sa table grince. « Viens jouer ! » crie une voix à la porte. Son crayon griffonne déjà la quatrième ligne. Ses yeux ne quittent pas la page.

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Iary recopie la même ligne trois fois sur sa table en bois, les doigts noirs de craie. Dans la cour pavée, les autres enfants filent, leurs rires se perdant au loin. Sa table grince. « Viens jouer ! » crie une voix à la porte. Son crayon griffonne déjà la quatrième ligne. Ses yeux ne quittent pas la page.

Les jours s'étirent en semaines. Sur la table en bois, la pile de feuilles d'exercices grandit, bord à bord. Le soir tombe. Iary attache un crayon cassé à un autre avec un morceau de tissu, les doigts concentrés. La dernière lumière allonge son ombre sur les murs ocre.

Le vent claque la porte. Ses pages s'éparpillent sur les pavés, tournant dans le courant d'air froid. Iary s'accroupit sur la pierre, ramassant feuille après feuille. M-M-M, murmure-t-elle sous sa lèvre, les doigts déjà noirs de craie. Le silence de la cour ne s'adoucit pas.

La maîtresse soulève le cahier d'exercices. « Vingt-deux reprises de la même leçon », lit-elle, la voix posée. La classe retient son souffle. Les rangées de tables se taisent. Un frôlement de pages. Puis un silence total, lourd comme la poussière de craie sur les murs ocre.

« VINGT-DEUX ?! » Le rire roule sur les rangées. Un, deux, trois éclats. Le menton d'Iary baisse, se replie. Puis se redresse. « Vingt-trois », dit-elle, très bas. Sur la page suivante, la vingt-troisième ligne est déjà à moitié faite, le crayon qui tremble à peine.

Iary, plus grande maintenant, se tient devant la même salle. Les tables en bois sont déployées devant elle. D'une main sûre, elle trace une lettre au tableau noir — pas de tremblement, pas d'effacement. Elle se tourne vers les petits enfants d'en bas. « Répétez après moi. »

La salle s'emplit de voix minuscules : « M-M-M. » Cent bouches, un seul son, qui rebondit sur les murs ocre. Ses doigts sont noirs de craie, exactement comme à six ans. Sur le tableau, un M. Elle en écrit un autre juste en dessous. Deux M côte à côte, dans la poussière grise.

Les enfants inondent la cour pavée en criant. Iary glisse le vieux crayon lié de tissu dans sa poche, marche vers la porte. La lumière du matin déborde sur les murs ocre, inonde les pavés de doré. Deux M restent sur le tableau, pâles dans la poussière. Elle ne regarde pas en arrière.